Dans le n° 76 - Janvier 2017 - La Chronique de Serge Guérin

Le revenu universel, solution miracle ?

Par Serge Guérin 
Mots clés associés : Chroniques 

Un véritable must : le revenu universel, revenu de base ou encore revenu inconditionnel, est à la mode. Il est paré aujourd'hui de toutes les vertus.

 
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De gauche à droite, des libéraux radicaux perdus dans la financiarisation de l'économie aux keynésiens orphelins de la croissance, en passant par les derniers écologistes ou des politiques issus du catholicisme social, chacun y voit la martingale. Ou plutôt sa martingale au sens où personne ne met la même chose derrière le terme de revenu universel.

Si l'instauration d'un revenu universel offre une perspective novatrice et foisonnante, reste qu'elle pose aussi trois questions?: son coût, l'enjeu de la citoyenneté, la tentation de l'invisibilité du social.

D'abord, le coût?!

Selon les estimations et le niveau de revenu de base (entre 450 et 1?000?€ mensuel), le coût pour l'état pourrait varier de plus de 300?milliards à plus de 600?milliards... Comment le financer alors?? Pour les libéraux radicaux, le financement se fera grâce à la suppression des autres aides sociales et des fonctionnaires chargés de les gérer et de les contrôler. Pour les keynésiens, le financement sera assuré par la lutte contre l'évasion, l'optimisation et la réduction des niches fiscales... Autre problème, il est assez probable que l'instauration d'un revenu universel conduira à un moment ou un autre les Français à descendre dans la rue pour exiger l'augmentation immédiate du revenu de base que certains qualifieront très vite d'insuffisant voir d'indigne... Peut-être même la perspective de disposer de ce revenu rendra la France encore plus désirable pour des populations en grande souffrance à la recherche de l'Eden...

L'enjeu de la citoyenneté

Certes ce revenu inconditionnel ouvrirait le champ des capabilités, chères à Amartya Sen, et permettrait à chacun de développer ses projets de formation, le choix d'un métier plaisant et épanouissant, l'engagement associatif, l'accompagnement d'un proche, ou encore d'innover, de s'ouvrir aux autres, d'inventer de nouvelles solidarités... Mais il se pourrait aussi que cette révolution chargée de rénover notre modèle social se fasse au prix d'une citoyenneté réduite aux droits où la part des devoirs serait définitivement éteinte. La France inaugurerait le droit universel à l'existence subventionnée et sans devoir. En oubliant que l'estime de soi repose en grande partie sur le sentiment d'être utile.
La solidarité sociale active dépasse largement la redistribution. L'enjeu, c'est l'accompagnement social de la personne, le care, le soutien à une démarche vers plus d'autonomie. La solidarité sociale repose sur la co-construction d'un chemin avec la personne fragilisée. Il s'agit que chacun puisse disposer des outils et aides qui lui permettent d'être auteur de sa vie.

Serge Guérin

@Guerin_Serge

Professeur à l'INSEEC Paris

Directeur du MSc " Directeurs des établissements de santé "

Dernier ouvrage : Silver Génération. 10 idées fausses à combattre sur les seniors, Michalon



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