30/08/2018  -  Korian  10055

Le Positive Care, une philosophie du prendre soin

Donner du sens au travail des équipes, considérer chaque résident comme une potentialité et non comme un problème, développer l'empathie et l'écoute pour répondre aux attentes des personnes, autant d'enjeux dont s'empare aujourd'hui le groupe Korian. Rencontre avec le Dr Didier Armaingaud, directeur médical éthique et qualité.

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D'où est née cette idée d'une philosophie du prendre soin chez Korian ?

Dr Armaingaud : Qu'il intervienne à l'hôpital ou au sein d'établissements médico-sociaux, le soignant gère les problématiques du soin. Nous nous occupons d'une personne malade ou en perte d'autonomie mais oublions souvent de la regarder comme un individu. Ce qui nous intéresse et sur quoi nous travaillons depuis maintenant 15 ans, ce sont les capacités restantes, s'inspirant de la méthode développée en Italie au début du 20è siècle par Maria Montessori pour accompagner des enfants. Son approche repose sur l'idée que l'éducation est surtout l'accompagnement du développement naturel de l'enfant, via un environnement préparé, adapté aux caractéristiques et aux besoins de son âge. Cette méthode valorise la capacité de décision et l'observation de l'enfant. Il m'a semblé que ces principes, comme la recherche de thérapies non médicamenteuses complémentaires, répondaient aux besoins des aînés, « aider la personne à faire seule, la laisser choisir ».

Cela modifie t-il la manière dont vous communiquez avec les familles ?

Dr Armaingaud : Les équipes supportent mal les critiques récurrentes des familles. Mais il faut se mettre à leur place. Nous oublions souvent que la veille de l'entrée en EHPAD, la famille s'occupait de tout. Même si elle se sent soulagée, elle peut ressentir un grand vide et un fort sentiment de culpabilité. Si elle rencontre une équipe sur la défensive, qui ne prend pas le temps de lui expliquer ses actes ou limite ses visites, elle va légitimement s'inquiéter. Elle a besoin d'être rassurée sur le fait que son proche est bien traité, à l'aise, heureux dans son nouvel environnement. C'est ainsi que j'ai proposé à une équipe de convier la fille d'une résidente lors de la réalisation d'un pansement. Je me suis heurté aux résistances de l'équipe arguant de questions de droit ou de gêne dans la pratique du soin, et ce bien qu'il ne s'agisse pas d'un soin complexe. Pourtant la démonstration a été sans équivoque. La fille, rassurée, a cessé de harceler l'équipe, pour au contraire devenir plus collaborative. Mais cette démarche nécessite un investissement de tous, du directeur à l'aide soignante. Il faut prendre le temps d'expliquer, et de partager les joies comme les difficultés. On imagine que c'est une question de bon sens. Mais en réalité, le bon sens n'est pas partagé par tous, d'où la nécessité de formaliser et poser des cadres clairs. Nous devons nous donner les moyens d'accompagner les familles.

Vous évoquiez un intérêt pour les thérapies non médicamenteuses...

Dr Armaingaud : Oui on en a vu émerger de toutes sortes, mais souvent sans démarche clinique. De même, je suis convaincu que la confiance et la qualité de la relation entre le patient et son thérapeute sont fondamentales à la bonne observance. La fusion Korian/Medica a été pour moi l'occasion de rassembler et formaliser diverses idées en gestation. Nous avons ainsi développé trois axes de travail : les thérapies fonctionnelles (la marche, l'équilibre, la motricité...), les thérapies cognitives (la mémoire, le langage, les praxis, les questions exécutives...), et la question du rythme pour prévenir les situations de détresse et répondre aux troubles du comportement, qui ne sont pas la cause mais la résultante. Le soignant doit se sentir dans une urgence d'aider une personne en difficulté. Pour être efficace, l'activité doit avoir été identifiée, correspondre aux besoins de chaque individu. C'est très difficile quand la relation ne se fait plus par la parole. Le Positive Care invite les équipes à adhérer à un projet d'entreprise et de soin, et instaurer une bienveillance à l'égard des personnes âgées pour les aider à faire seule.

Pourquoi ce terme de Positive Care ?

Dr Armaingaud : Care signifie soin. Il s'agit pour nous de « take care », prendre soin de l'autre, veiller, être attentif. Nous posons comme principe de base que nos salariés sont de bons techniciens et la véritable question est celle du savoir-être. C'est un sujet de ressources humaines. Le Positive Care est une posture partagée par tous les professionnels de l'entreprise. Elle doit s'appliquer à nos clients mais aussi à la relation interprofessionnelle. Il existe pour nous une vraie différence entre le Positive Care et les thérapies non médicamenteuses qui, elles, restent des outils. D'ailleurs nous distinguons trois champs d'activités : le médical qui concerne le nursing, les soins techniques, les thérapies non médicamenteuses qui sont des programmes suivis, évalués pour lesquels nous fixons des objectifs et la dimension psycho-affective, découpée en activités domestiques et sociales et en activités récréatives ou culturelles. L'idée est de réimpulser une vie communautaire et la fierté d'avoir participé à une action. La philosophie du Positive Care doit être portée par l'ensemble des projets pour améliorer les pratiques et trouver des solutions qui répondent aux besoins réels et aux désirs des usagers.

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