Dans le n° 120-septembre 2020  -  Liberté ou sécurité  11258

Liberté d'aller et venir : quelle réalité en période épidémique ?

Comment concilier sécurité et liberté de choix en Ehpad ? Si cette question est régulièrement posée, elle prend à l'heure de la Covid-19 un sens tout particulier. Entre débat éthique et responsabilité du directeur, le choix est cornélien et l'équilibre fragile.

L'association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), par la voix de son président Pascal Champvert, l'a très vite souligné durant la crise. Si le confinement drastique est une mesure protectrice, il peut conduire à la perte de l'envie de vivre, expliquait-il sur l'antenne de France Info. « La grande difficulté dans la crise que nous traversons, c'est [de] protéger la sécurité physique des personnes âgées mais aussi [de] protéger leurs libertés et leur sécurité affective ». D'ailleurs, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), dont l'avis a été sollicité par le ministère des Solidarités et de la santé, n'a pas manqué de rappeler que « même en période de crise grave, l'équilibre entre la sécurité et liberté est fondamental et les questions éthiques restent essentielles. »

Privilégier le lien au maximum

Dans son avis du 30 mars 2020, le CCNE indiquait que la préservation d'un espace de circulation physique, même limité, semblait impératif en dépit des mesures d'isolement, « afin d'éviter que le confinement, quelle que soit sa justification au regard des impératifs de santé publique, ne devienne pour ceux qui n'ont plus la liberté de choisir leur cadre et leur mode de vie, une mesure de coercition. Pour les résidents « testés négativement », la visite de proches, eux-mêmes contrôlés, pourrait être autorisée, dans des conditions strictes de sécurité sanitaires. » Une mesure que la majorité des établissements, libres de décider au cas par cas, n'ont pas choisi de privilégier.

Sur ce point, Marie de Hennezel, psychologue clinicienne, ne mâche pas ses mots. Lors d'une conférence portant sur l'impact de l'épidémie de Covid-19, elle n'hésite pas à affirmer que « pour protéger les personnes âgées, on leur a finalement nui. Couper les liens sociaux qui alimentent leur désir de vivre était un choix dangereux. »

Rassurer et innover

Alors que faire dans une telle situation ? Faut-il demander leur avis aux résidents, ou à leurs familles, dont certaines ne comprennent pas les mesures radicales de protection prises par les Ehpad. Pour Isabelle Devillers, directrice de l'Ehpad « Notre Maison » à Marseille qui décide le 7 mars de fermer tous les accès, « il nous a fallu faire preuve de beaucoup de pédagogie pour expliquer et rassurer ». Dans un podcast proposé par La Croix Rouge française, elle raconte le chemin parcouru et la manière dont les équipes ont travaillé pour mettre en oeuvre la distanciation d'un mètre puis l'isolement total en chambre. « On ne va pas se mentir, les résidents déambulant continuent de déambuler mais on les raccompagne tranquillement dans leur chambre, sans s'énerver, et ça marche. » Après l'annonce du 1er cas de Covid-19, il lui a fallu gérer la peur, émettre des recommandations, accompagner et soutenir jusque tard dans la nuit, mais aussi tenir une posture de directeur qui l'oblige à se remettre en question. Avec son équipe, elle innove pour créer du lien. Pour preuve, des chansons interprétées par les résidents depuis leur chambre et envoyées le soir aux familles. Un lien tissé au fil des jours qui semble avoir permis de résister à l'isolement et maintenir la joie de vivre.

Seule la liberté permet d'agir

« La liberté doit être pleine, entière et totale. C'est parce qu'on est libre et en capacité de comprendre qu'on peut choisir ce qui est bon pour soi. C'est seulement à cette condition que le confinement est acceptable », affirme sans équivoque le Dr Michel Salom, médecin gériatre, chef de service du centre de gérontologie clinique de Magnanville regroupant EHPAD, SSIAD, HAD et centre de santé. Avec 172 cas de Covid-19, 32 morts, 40% de professionnels malades, l'établissement a été durement touché par le virus et ce dès le début de l'épidémie. Pourtant rien n'a entaché la conviction profonde du Dr Salom. « Personne n'a le droit d'enfermer, à part le juge, et seulement après un procès. Certaines ARS, en Ile de France, ont balayé 30 ans de travail sur la bientraitance. Elles ont voulu priver de liberté les plus âgés, ce qui est la pire des maltraitances, au motif de la sécurité, allant jusqu'à préconiser un enfermement contraint des résidents en chambre. La question politique de la sécurité passe là, et je le dis sans ambiguïté, avant la question de la bientraitance, voire de la bienséance, voire même du simple respect de la loi ». L'établissement s'est confiné par service, et a interrompu les échanges transversaux des professionnels. « Nous avons eu beaucoup de malades, et même si la situation a été épouvantable, nous avons progressivement, au bout de 3 à 4 semaines, pu reprendre les repas communs, distanciés mais ensemble. Les résidents ont dès lors beaucoup mieux accepté les règles. Si on avait continué de les emprisonner, on les aurait rendus fous. »

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