Le bilan 2024 de la Fédération 3977 montre que les établissements ne sont pas « le problème central » mais que le domicile est « l'épicentre silencieux » de la maltraitance. C'est là que la bataille de la bientraitance doit désormais se jouer.

Fédération 3977 : il faut « sortir de la chasse aux sorcières »
Chaque année plus de 60 000 appels sont traités par la Fédération 3977 contre les maltraitances, mais, souligne cette dernière dans un communiqué du 10 avril, « alors que l'actualité médiatique et politique focalise son attention sur les établissements médico-sociaux », ses chiffres 2024 « bousculent les idées reçues » : ils enregistrent une forte baisse des situations de maltraitance en institution, mais à l'inverse « une progression préoccupante des faits au domicile, souvent invisibles, toujours complexes, parfois dévastateurs ».
Depuis le scandale Orpea, « une véritable chasse aux sorcières a touché les établissements médico-sociaux. »
Mais, alors que près de 13 000 dossiers ont été ouverts soit une hausse de 42 % par rapport à 2022, les données 2024 montrent une dynamique toute différente :
- Les maltraitances en établissement sont passées de 41 % en 2022 à 27 % en 2024 ;
- Les maltraitances médicales ont été divisées par deux ;
- La part des personnels d'établissement parmi les auteurs prévoit une baisse de 28 % à 14 %.
Cela s'explique en partie, selon la Fédération 3977 par « une reprise en main salutaire des établissements : meilleure régulation, développement d'outils internes de signalisation, contrôles renforcés ». Même si « ces efforts sont à vérifier, soutenir et accompagner », elle déclare avec force qu'il faut « sortir de la chasse aux sorcières : les établissements ne sont pas le problème central »
Le domicile principal lieu de maltraitances
À l'inverse, le domicile devient le principal lieu des maltraitances signalées, avec :
- 73 % des signalisations en 2024, contre 59 % en 2022 ;
- Une majorité des auteurs présumés issus de la famille (48 %) ;
- Une explosion des maltraitances psychologiques (31 %)
Les personnes âgées sont les principales victimes (71 %), et les femmes sont deux fois plus souvent concernées que les hommes.
La tranche d'âge 46-60 ans (pour les personnes en situation de handicap) est celle où la progression des situations révélées est la plus forte, témoignant d'un phénomène intergénérationnel.
Sur 12 700 créations de dossiers, 63 % sont ouvertes pour maltraitances suspectées. « La part des maltraitances non physiques est massive (84 %), révélant la prégnance des violences insidieuses, diffuses et invisibles ».
La Fédération lance un appel à agir autrement : « La maltraitance n'est plus là où on l'imagine, clame-t-elle. Elle ne se limite pas aux scandales médiatisés, ni aux établissements devenus boucs émissaires. Elle se niche dans l'intime, au coeur des foyers, dans les silences familiaux, les abandons affectifs, les dépendances invisibles. C'est là que la bataille de la bientraitance doit désormais se jouer ».