Dans le n° 141-juillet 2022  - Entre sécurité et liberté  13002

Quelle architecture pour l'Ehpad de demain ?

Le souhait exprimé par les plus âgés de continuer de vivre partout comme chez eux impacte la conception architecturale des Ehpad. La personnalisation des lieux de vie et le respect de la liberté doivent désormais rimer avec la nécessaire sécurité des résidents. Explications.

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Concilier mobilité et sécurité n'est pas toujours aisé. Pourtant l'aménagement intérieur tend à évoluer pour faciliter la fluidité et la circulation des résidents et réduire les risques de chute.

Une mobilité sécurisante

4 % des chutes seraient liées à un sol altéré, et 10 % à un obstacle. Un parterre désencombré, non réfléchissant (pour limiter les risques d'éblouissement) et antidérapant (classé R10, par exemple) ainsi que l'absence totale de dénivelé sont à privilégier. Une rupture de couleur doit être évitée sur le sol lui-même car le résident peut l'interpréter comme un obstacle. Mais elle peut quand même contraster avec celle des murs. Car cela améliore le repérage dans l'espace.

Dans tous les lieux de circulation, privatifs ou collectifs, on installera points d'appui et mains courantes. Ces dispositifs jouent un triple rôle : de soutien, de guide et de maintien en équilibre.

Alors que 35 % des chutes ont lieu en marchant, et qu'on connaît l'importance d'entretenir la capacité à se lever chez les résidents autonomes, faciliter la circulation est une priorité. La disposition du mobilier revêt ici toute son importance. Un vide minimal de 40 cm en avant des pieds, par exemple, doit être préservé pour ne pas bloquer le mouvement naturel de verticalisation.

Partout, il faut privilégier l'espace. Les zones de circulation principales (aux sorties, ou reliant les escaliers) doivent idéalement proposer une distance de 140 cm au minimum, pour permettre à deux individus de se croiser.

Un levier décoratif et créatif

Les dispositions sécuritaires sont l'occasion d'afficher une signature esthétique. Un établissement peut créer des repères de signalisation agréables à l'oeil, pour rompre avec la monotonie des couloirs. En privilégiant des murs clairs et des poignées de portes ou de placards colorées, il joue sur les contrastes tout en favorisant le repérage. De même, les zones de repos avec fauteuils prévues pour les personnes fatiguées permettent un grand choix de déclinaisons esthétiques.

Certaines exigences forcent la créativité technique de l'architecte. L'installation d'une baie coulissante ouverte sur la terrasse impose d'encastrer le rail dans le sol pour éviter un enjambement inadapté. « Or, ces dispositifs n'existent pas, nous devons les inventer », relève Emmanuel Dutheillet de Lamothe, architecte DPLG, gérant de la société Architectes Associés à Limoges, actuellement en charge de la réalisation de deux Ehpad[1].

Les lieux privatifs

La petite taille et l'encombrement des chambres ne facilitent pas une mobilité fluide. D'où l'obligation actuelle de proposer des chambres individuelles d'une taille minimale de 18 à 22 m2.

Lorsque l'aménagement de cet espace personnel est pensé de manière à favoriser l'autonomie (par la disposition de rangements accessibles notamment), les contraintes physiques sont diminuées. Cela permet au résident de se concentrer davantage sur son équilibre.

Sont ainsi préconisés :

- la multiplication des sources lumineuses ;

- des chaises stables munies d'accoudoirs et dont la hauteur d'assise est adaptée au résident ;

- des ouvertures simplifiées avec des poignées de porte et fenêtre à hauteur ;

- des rangements accessibles, bas, avec peu de profondeur. Attention, s'il n'y a qu'un placard, sa place est importante. Placé derrière la porte d'entrée, il génère un risque de chute supplémentaire ;

- une porte d'entrée de chambre, de 110 cm, qui s'ouvre sur l'intérieur ;

- un ensemble de dispositifs visibles et accessibles, notamment le téléphone, pour éviter les mouvements brusques et la précipitation, et des interrupteurs pour les appareils et volets roulants (des volets électriques limitent les va-et-vient) ;

- un accès à la salle de bains facilité grâce à l'installation de barres d'appuis, de chemins lumineux, et d'un espace d'accès suffisant.

Le défi de la personnalisation

« Personnaliser l'aménagement grâce à une analyse ultra-fine du comportement est idéal », explique l'architecte Didier Salon, spécialisé dans les établissements sociaux et médico-sociaux pour personnes âgées et handicapées. Les Ehpad pourraient s'inspirer des aménagements réalisés pour les personnes en situation de handicap, co-élaborés avec des ergonomes qui s'adaptent aux besoins spécifiques des publics accueillis. En établissement, cela se traduit par un éclairage spécifique en cas de déficience visuelle, un positionnement des meubles réalisé selon les souhaits des résidents tout en limitant l'éblouissement propice à la chute, l'installation d'interrupteurs pour les résidents que les détecteurs de mouvements inquiètent, etc.

On se heurte parfois aux contraintes du bâti existant. « L'espace moyen personnalisable d'une chambre d'Ehpad ne dépasse pas les deux mètres carrés », pointe l'architecte parisien, qui déplore par ailleurs qu'« hélas, on demande rarement leur avis aux personnes âgées ».

Des améliorations pertinentes

Certaines évolutions semblent toutefois avoir amélioré concrètement le quotidien du résident. Fini le temps où il se voyait transféré dans une autre chambre lorsqu'il perdait son autonomie. Aujourd'hui, on essaie au maximum de le maintenir dans son lieu de vie. Ainsi, les dispositifs de sécurité s'adaptent aux besoins des personnes, et l'on voit des outils comme les rails au plafond systématiquement installés dans toutes les chambres.

Les déplacements représentent un risque de chute important, les transferts verticaux encore plus. Aussi, les conceptions actuelles tendent à proposer des Ehpad dans lesquels chaque niveau est autonome et de plain-pied. Les espaces de jour (salles à manger, activités, espaces extérieurs, terrasses...) se trouvent au même niveau que les chambres. « L'idéal est de pouvoir proposer un Ehpad totalement de plain-pied, favorisant par la même occasion la sociabilité », affirme Emmanuel Dutheillet de Lamothe, grâce à la multiplication des accès vers l'extérieur : « Un établissement de plain-pied permet d'ouvrir les salles de restaurant sur la ville. Sous réserve d'une autonomie suffisante, le résident peut y manger avec ses proches. »

Sécurité contre liberté ?

D'après Didier Salon, l'idéal serait de préserver la vie « comme chez soi » en Ehpad. En matière de conception, il suggère d'interroger la vie sociale et la mobilité en premier, avant d'ajuster les solutions techniques, non l'inverse.

Pourtant, il pointe une réalité différente : le maintien d'une dynamique soignante tentée par la contention, notamment architecturale, désignant l'ensemble des moyens environnementaux limitant le déplacement d'une personne. « À quoi sert-il de ne pas chuter, si on ne peut rien faire d'autre ? »

Les exigences de sécurité pèsent en effet davantage sur les architectes ces dernières années, sous l'impulsion de directeurs soumis à de trop nombreuses pressions. « Aujourd'hui, la tentation du risque zéro est forte », relève Emmanuel Dutheillet de Lamothe. « Viser le bien-être du résident doit rester la motivation principale de l'architecte. »


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