Evolution du secteur, regard sur les personnes âgées, débat sur la dépendance, droit à la dignité... Alors que l'allongement de la durée de vie perturbe
les sociétés occidentales, Serge Guérin et Jérôme Pellissier, figures reconnues de la gérontologie, livrent ici des éléments de réflexion utiles et parfois iconoclastes. Interview croisée et à bâtons rompus.
Jérôme Pellissier : écrivain, Docteur en psychologie, chercheur en (psycho)-gérontologie
Les Insensés. Editions Joëlle Losfeld, 2002.
La Nuit, tous les vieux sont gris.
Editions Bibliophane, 2003.
Avec Yves Gineste : Humanitude : comprendre la vieillesse, prendre soin des Hommes vieux.
Bibliophane, 2005 (épuisé).
Réédition : Amand Colin, 2007.
La Guerre des âges. Armand Colin, 2007.
Ces troubles qui nous troublent... Erès, septembre 2010
Serge Guérin
Docteur en sciences de l'information et de la communication HDR (Habilitation à diriger des recherches) Professeur à l'ESG Management School, directeur de la Chaire "Management des seniors" et enseigne dans le Master " Politiques gérontologiques ", de Sc Po Paris
Le droit à la vulnérabilité (avec Th Calvat), Michalon, 2011,
La nouvelle société des seniors, Michalon, 2011, nouvelle édition, revue, corrigée et enrichie de La société des seniors,
Michalon, 2009
De l'état providence à l'état accompagnant, Michalon, 2010.
La société des seniors, Michalon, 2009.
Habitat social et vieillissement.
Représentation, formes et liens (direction), La documentation Française, 2008.
Vive les vieux !, Michalon 2008.
Géroscopie : Quel est votre point de vue sur l'évolution, depuis 30 ans, du secteur et de l'accueil des personnes âgées ?
Serge Guérin : On peut pointer l'évolution démographique avec une présence plus forte des personnes âgées. Je dis bien " présence " et non pas " poids ". Il y a aussi une évolution du contexte économique : il y a 30 ans le discours sur la croissance était différent. Il y a aussi l'évolution du regard. On est passé d'une absence de regard à un regard très appuyé mais extrêmement négatif.
Sur les EHPAD plus précisément : dans les années 80, il y avait la question de rester chez soi - je n'ai pas dit " se maintenir à domicile " - et plus de diversité dans les formules d'habitat. Aujourd'hui l'alternative se résume ainsi : soit on " garde ", on " maintient à domicile " en disant " c'est ce que les gens souhaitent " soit c'est la médicalisation forte. Ainsi on parle de " lits "... on n'imagine plus les gens debout.
Jérôme Pellissier : L'autre évolution, c'est celle des lieux. Rappelons d'abord qu'au 19è siècle, les hospices étaient plus confortables que les domiciles. Les lieux étaient spacieux, il y avait des toilettes,... c'était une forme de luxe ! Ensuite, comme dit Geneviève Laroque (NDLR : présidente de la Fondation Nationale de Gérontologie) pendant cent ans, c'est
" La Belle au bois dormant ". Personne ne se demande ce qui se passe dans ces lieux. Et quand en 1980, on rouvre les yeux, on découvre des salles communes et un niveau de confort et d'hygiène d'un autre temps. Donc pendant les trente dernières années, le secteur rattrape 130 ans d'immobilisme. Attention ! qui dit évolution matérielle ne dit pas évolution des pratiques et des pensées. Les résidents sont en chambres individuelles, mais la porte peut rester ouverte pendant la toilette... Changer les lieux va plus vite que de changer les esprits. Mais beaucoup d'établissement ont pris le virage et travaillent sur le bien-être et les attentes des résidents.
Et pour revenir sur les termes, le mot hospice, lié à l'hospitalité, était un mot magnifique. Aujourd'hui, alors qu'on travaille sur le bien-être, on parle d'UHR : Unité d'Hébergement Renforcé. Cela n'aide ni les professionnels, ni les familles à comprendre la situation. Le poids des mots est fort.
SG : " Mal nommer les choses, c'est ajouter de la misère au monde" disait Camus.
Géroscopie : La règlementation, les normes, l'encadrement, l'aseptisation n'empêchent-t-ils pas les lieux d'êtres humains ?
SG :...